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Carte blanche | Faire de l’alimentation scolaire un levier stratégique de santé, d’apprentissage, de développement territorial et de justice sociale

31 mars 2026 par
Carte blanche | Faire de l’alimentation scolaire un levier stratégique de santé, d’apprentissage, de développement territorial et de justice sociale
Caroline Loret

Crédit photo :  Pierre-Yves Thienpont Le Soir

Alors que les acteurs de notre secteur en Wallonie - coopératives, acteurs d’animation territoriaux et institutions parapubliques - travaillent de concert et d’arrachepied pour développer la collaboration directe entre les cantines scolaires et la distribution en circuit court, au bénéfice de la santé des enfants et de la dignité de revenu  des producteur.ice.s. Cependant, de récentes mesures politiques génèrent un véritable capharnaüm d’incohérences qui impactent une  situation catastrophique pour la restauration collective scolaire. D’un côté, on risque d’augmenter la facture des cantines ; de l’autre, on réduit les moyens publics pour garantir la gratuité là où elle est la plus nécessaire et pour accompagner une meilleure qualité alimentaire dans l’assiette des enfants les plus vulnérables. Ce triple frein pénalise directement les enfants et creuse encore les inégalités entre élèves.

Le Collectif 5C s'est joint à près d'une cinquantaine d'organisations actives dans le secteur de la jeunesse, de l’alimentation, de l’enseignement, pour appeler le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles à préserver la politique de repas gratuits pour les écoles inscrites jusqu’ici dans le projet. Vous retrouverez un extrait de la note argumentaire ci-dessous. Elle a fait l'objet de plusieurs articles dans le journal Le Soir :

Note argumentaire

L’alimentation scolaire de qualité est un levier majeur du soutien à la santé physique et mentale de nos enfants. Elle renforce la qualité des conditions d’apprentissage et dès lors la lutte contre l’échec scolaire (concentration et acquisition des matières). Elle combat la précarité alimentaire et contribue à la lutte contre la pauvreté économique, et garantit ainsi plus de bien-être aux enfants et à leur famille. Enfin, elle participe concrètement à la durabilité du système agricole.

Assurer un repas complet à midi, qui plus est équilibré et de qualité,  devrait d’autant plus être adressé de manière prioritaire quand on sait qu’en Wallonie, une mère sur sept se prive parfois de manger à sa faim pour que son enfant puisse manger[1]. Si la question de la précarité alimentaire suscite une inquiétude croissante dans le secteur et les organisations concernées[2], elle interpelle d’autant plus dès lors que ce qui était acquis à travers les repas scolaires, tout en étant encore insuffisant, fut le résultat d’un long travail de concertation, négociation, délibération durant les deux législatures précédentes.

Dès le premier plan de lutte contre la pauvreté en Wallonie, et son équivalent en Fédération Wallonie-Bruxelles, ainsi que dans le cadre de la Garantie européenne pour l’enfance, la question des repas scolaires de qualité faisait partie des leviers de lutte contre la pauvreté, ainsi que des leviers de développement du lien entre agriculture durable et alimentation de qualité. Ceci avec la conviction qu’il fallait intensifier encore les acquis. Pourtant, au lieu de faire l’objet d’une politique intégrée et cohérente amplifiée, l’alimentation scolaire souffre aujourd’hui de mesures de reculs avec des risques d’impacts multiples.

Alors que l’on pourrait se satisfaire du fait qu’au moins les enfants mangent un repas chaud par jour via l’école, l’alimentation scolaire ne pourra jouer pleinement son rôle de levier qu’à condition que les repas scolaires favorisent aussi l’agriculture durable et en circuit court, qu’ils répondent à un minimum d’exigences en matière de qualité nutritionnelle et qu’ils soient accessibles à tous financièrement, voire gratuits.

Pour enclencher le cercle vertueux de l’alimentation scolaire, le contexte politique doit être porteur et incitatif. Or, des décisions récentes (abrogation du décret repas gratuits et économies significatives dans les budgets associés à cette politique, impacts indirects de la réforme du chômage, reports de dépenses sur les communes qui provoquent des reculs, etc.) fragilisent cette dynamique, au détriment premier des enfants qui vivent dans la précarité, de leurs familles, mais aussi des écoles, des agriculteurs et de divers opérateurs économiques.

Nous appelons à réexaminer les décisions récemment prises à la lueur des enjeux et du potentiel d’une alimentation scolaire de qualité. Mais plus largement, nous plaidons également pour qu’une politique plus ambitieuse d’alimentation à l’école soit déployée. Cela requiert une approche coordonnée, une volonté politique forte et des moyens adéquats, pour faire de l’alimentation scolaire un véritable outil de transformation sociale. Ces dépenses doivent être considérées comme un investissement sur l’avenir. La démonstration des effets multiples positifs en est faite par des pays européens qui organisent la gratuité totale ou partielle des repas scolaires de qualité depuis des années.


[1] https://isadf.iweps.be/index.php?action=indicateur&indicateur=07&type=1&droit=02

[2] La récente campagne “Frigo Vide” est à cet égard un indicateur sensible, témoignant d’inquiétudes qui atteignent même l’aide alimentaire.


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